21 septembre 2020

Actualités / Action

Article : Aucun repos à espérer à l’ombre des marronniers de septembre.

Article : Aucun repos à espérer à l'ombre des marronniers de (...)

Si vous n’avez pas encore lu les trois articles de Gurvan LE GUELLEC du numéro 2914 de l’OBS, paru le 3 septembre 2020, abstenez-vous pour deux raisons essentielles : vous allez vous faire du mal et vous n’apprendrez rien sur les trois thèmes retenus. L’état d’organisation de l’E.N. par rapport à la pandémie, le malaise de la profession, et la concurrence privé-public.
Le moins pire est le premier article où pour l’illustrer, on découvre un Jean-Michel BLANQUER, coiffé d’un masque, et avançant du pas décidé de ceux qui ne doutent pas. Comme il est dans une maternelle, il est sûr d’impressionner l’équipe adverse, de marquer son but, devant un staff masqué et au garde à vous d’admiration des audaces du chef. Conjuguant ainsi sportivité et fatuité, il est notre Poutine de l’éduc.
Dans ce grand travail d’investigation, on apprend que les profs en confinement se sont moins concertés que d’habitude, que Sophie VENETITAY(co-secrétaire générale du SNES-FSU) est présentée dans un intertitre comme secrétaire adjointe du SNUIPP et que le SNES s’est désolidarisé du SNUIPP sur la demande de ce dernier de repousser la semaine de rentrée d’une semaine. Surtout que notre ministre suit plutôt l’avis des pédiatres qui « pondèrent les risques liés à l’épidémie avec ceux induits par la déscolarisation -violences intrafamiliales, décrochage scolaire – plutôt que celui des épidémiologistes qui voient dans les salles de classes des milieux clos extrêmement denses propices à la propagation aérosol du virus ». Ouais ? Pour moi qui croyais que c’était avant tout pour éviter aux profs les affres d’un travail en distanciel, c’est très éclairant…

Dans le second article, intitulé « Le grand blues des profs », je découvre que notre observateur nous « déchiffre » surtout à travers l’analyse des fréquences de réponses aux questionnaires PISA ou TALIS de l’OCDE ou l’enquête ministérielle sur la période de confinement, dont on peut objectivement dire qu’elle était très mal foutue ! Mais rien n’arrête un cœur vaillant... Avec un ton d’autant plus suffisant qu’il trahit une véritable aversion pour notre corporation, les professeurs français sont les pires au monde. Nous pourrions lui rappeler que l’OCDE n’est pas le monde, que l’analyse des réponses à des enquêtes, nécessite une analyse critique de la qualité du questionnaire, que des concepts mous comme le stress ou la définition de l’évaluation mérite d’être contextualisés, que comparaison n’est pas raison…que l’on perdrait son temps. Le propos est partisan et médiocre. Conclusion : « le travail des profs n’a été ni condamnable, ni héroïque » en période de confinement. Les fonctionnaires de l’E.N. ne doivent donc pas se prévaloir d’une qualité extraordinaire, ils sont certes mal payés…mais on comprend bien de façon subliminale que c’est justice ! En effet, certes une partie d’entre nous est investie et pleine de promesses. J’imagine ceux qui, sont plutôt jeunes et sans défiance pour leur hiérarchie. Sur quoi les reconnaît-on ? Ils débordent de projets pédagogiquement innovants, ont participé aux vacances apprenantes (je suppose), travaillent en plein air (tant qu’il ne pleut pas, dois-je supposer aussi ?), ont un TBI même chez eux, sont tellement convaincus qu’on apprend tellement mieux avec les NTIC qu’il faudrait faire un autodafé des rayonnages de nos CDI…Entendez bien : ils sont bons car ils acceptent de se « remettre en cause ». Derrière ces hoplites qui ne comptent pas les heures, il y a toute une piétaille misérable, un ramassis de fonctionnaires insuffisamment « flexibles » parmi lesquels, j’ai un peu de culpabilité à me reconnaître, mais où je suis indiscutablement identifié par la plume sans concession de ce journaliste d’exception. C’est -à-dire, ces profs qui boudent la formation professionnelle, ceux qui « ne savent pas répondre aux enquêtes ministérielles », ceux qui sont « défiants envers l’institution », et, - ceux, comble d’insuffisance- reconnaissent « avoir du temps [bien que pas assez, NDLR] pour leur vie privée ». Pour tous ceux qui n’ont pas connu de réduction de leur temps de travail depuis 70 ans, il ne peut exister d’analyse plus perspicace. Jamais curieux de savoir dans quelles conditions les stages professionnels sont organisés, jamais dans l’hypothèse que ses déductions manquent de rigueur, mais toujours à la remorque de la communication ministérielle, les arguments de G. LE GUELLEC sont à la fois ridicules et méchants, comme le font les faux amis qui vous veulent du mal. Je vous cite, pour évoquer cette forme indigente de la pensée, la fin du second article. Cette fin est censée conclure sur le fait que les ¾ d’entre nous (?) (« les champions d’Europe du temps libre ») avouons dans l’enquête TALIS « avoir plutôt du temps pour notre vie privée » (sic). « MAIS, CA, AMIS ENSEIGNANTS, VOUS AURIEZ PU EVITER DE LE PRECISER ».

Enfin, le troisième article abandonne l’investigation statistique pour nous expliquer pourquoi l’enseignement privé s’en sort mieux que l’enseignement public », à partir de l’exemple unique d’un établissement privé de l’Oise, fondé autrefois par les frères maristes. Je ne sais pas si notre Albert LONDRES des questions éducatives à l’OBS s’est fait ravir par l’Institut St-Joseph du Moncel à Pont-Sainte-Maxence, ou si c’est l’action de la Grâce qui l’a touché, mais il n’y en a que pour l’enseignement privé. C’est la révélation ! On sait confiner, on sait s’adapter, on forme une communauté, bref, tout est parfait là où règne « un management flexible et un esprit d’équipe solide ». Je crois que même dans La Croix, on n’oserait pas un tel panégyrique. Avec un tel modèle d’investigation, je rêve de vous venger, en quittant pour un temps la presse syndicale et vous expliquer avec la complaisance de l’OBS, dans ses propres colonnes, pour quelles raisons la presse écrite va mal. J’arriverais peut-être à mieux vous convaincre. A bientôt.

Laurent BERTRAND